L'Ancien Testament nous dit que le prophète Michée a lancé un appel à la justice universelle et à la miséricorde.
Vous avez repris et actualisé son message à l'intention des pauvres du monde. Je partage l'engagement de votre association de solidarité, « Le Défi Michée ». La pauvreté est un scandale. La pauvreté est un facteur de désordre. Le cœur et la raison nous commandent d'agir.
J'ai signalé, si j'étais élue Présidente de
Il convient de remettre en ordre une économie mondiale débridée. Elle ne laisse en effet aucune chance aux productions, agricoles en particulier, des pays les plus pauvres, face à la concurrence du nord servie par des atouts financiers et technologiques majeurs. Le bons sens et la justice recommandent de leur laisser un avantage, des préférences afin que la relation soit plus équitable et donc porteuse de développement.
A Doha, FOMC, l'Organisation Mondiale du Commerce, a reconnu aux nations les moins avancées le droit de copier ou d'importer des médicaments génériques. Mais ce droit est jusqu'ici resté théorique, en raison des conditions juridiques mises à son application. Ces obstacles doivent être levés. J'agirai, si les Français m'accordent leur confiance, pour que ces obstacles soient levés. J'agirai aussi à Paris et à Bruxelles afin que les cadres médicaux originaires de ces pays, formés en France et en Europe, soient à même d'y retourner.
Je suis donc totalement opposée aux propositions faites par un autre candidat, visant à retenir chez nous des médecins africains, asiatiques et latino-américains. J'agirai aussi, à Paris, à Bruxelles, à l'OMC, à l'OCDE, pour une éthique de responsabilité sociale et environnementale des entreprises de la « Triade », donc d'Europe, d'Amérique du nord et du Japon, présentes et actives dans les pays du sud. Il n'est pas acceptable que certaines d'entre elles surexploitent les ressources minérales et les populations des nations en développement.
J'adhère par ailleurs à l'initiative « Publiez ce que vous payez » qui vise à introduire de la transparence dans les rapports des grandes entreprises avec les dirigeants d'Etats du sud.
L'éducation, en particulier celle des jeunes filles, devra être une priorité de l'aide accordée aux pays du sud. L'amélioration de la condition des femmes, leur participation à la vie politique, le constat a pu en être fait au Cap-Vert ou en Afrique du Sud, ouvrent la voie à l'émergence économique et aux politiques de lutte contre les pandémies et le contrôle des naissances.
Tous cela suppose un préalable, la mise à plat de la dette accumulée depuis une trentaine d'années. De bonnes initiatives ont été prises à l'égard des pays pauvres très endettés (PPTE). Il convient d'éviter leur ré-endettement. Il convient aussi d'affronter le défi, plus difficile, des pays endettés à revenus moyens, non concernés par la procédure PPTE.
Tout cela exige enfin une optimisation des moyens. Ils doivent sans doute être abondes et portés à 0,7% du PNB recommandé par les Nations Unies. Mais ils doivent aussi, et peut-être surtout, être gérés autrement. Les fonds d'aide français comme européens, doivent être utilisés avec plus d'efficacité. La portée de l'investissement sur le terrain doit s'imposer au concept trop souvent privilégié « d'aide liée ». D'autre part, les sociétés civiles, en Europe comme dans les pays récepteurs, doivent être plus intimement associées. ONG, collectivités territoriales, peuvent apporter des éléments fondamentaux. Plus près des réalités, elles permettent une meilleure identification des attentes et des urgences. Porteuses d'intérêts collectifs, elles constituent un élément de clarification et de contrôle démocratique permettant de réduire la captation de l'aide par des prédateurs locaux ou extérieurs.
Voilà les orientations que, si je suis élue, je donnerai à mon équipe gouvernementale afin de construire un partenariat plus équilibré entre
Je vous prie de croire, Monsieur, à l'assurance de mes salutations les meilleures.
Ségolène ROYAL
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