Je ne conçois pas de lutte réelle contre la famine et le sous-développement sans opérer une remise en cause radicale du système économique et politique mondial parce que c’est celui-ci, à travers la domination impérialiste et le pillage des pays du Sud, qui est la cause principale de l’insupportable situation actuelle. Il ne s’agit pas tant d’une pétition de principes idéologique que d’un souci d’efficacité.
Première question :
Je pense que la France doit effectivement honorer ses engagements. Je pense même qu’elle devrait porter sa contribution au développement à 1% du PNB. C’est strictement un problème d’arbitrage budgétaire : par exemple, l’arrêt des opérations militaires extérieures, le rapatriement des troupes françaises actuellement stationnées en Afrique et, plus généralement, la réduction drastique du budget militaire permettraient facilement de dégage r les ressources nécessaires.
Mais je voudrais apporter 3 précisions.
La première est que, pour être efficace, l’aide au développement devrait échapper à la main mise de régimes dictatoriaux et corrompus – corrompus notamment par les grandes sociétés multinationales, dont les multinationales françaises comme Total, Bouygues, Bolloré, Vivendi, etc – et être étroitement contrôlée par ses bénéficiaires (les populations concernées) par l’intermédiaire des associations et des ONG.
Ma seconde remarque est que l’aide au développement ne doit pas consister pour les grandes puissances – dont la France – à se donner bonne conscience alors qu’elles continueraient à piller allégrement les ressources naturelles et le travail bon marché - voire gratuit, comme l’utilisation du travail forcé en Birmanie sur les chantiers de Total – des pays du Sud.
Ma troisième remarque est que « l’aide au développement » la plus efficace, c’est l’annulation de la dette (voir question 4).
Deuxième question :
Je suis pour le démantèlement des institutions internationales qui régissent aujourd’hui le « commerce international », à commencer par l’OMC, le FMI et la Banque mondiale. Par leur politique de « libéralisation » des échanges, de chantage à la dette et de conditionnement des prêts à la mise en oeuvre des « plans d’ajustement structurel », ces organismes jouent, depuis plusieurs décennies, un rôle proprement criminel. Les privatisations ainsi que les restrictions budgétaires imposées ont pour double effet de brader les ressources des pays concernés aux multinationales des pays du Nord et de détruire les déjà trop faibles services publics des pays du Sud, condamnant leurs populations à la misère.
Ensuite, il faudra reconstruire un nouveau système de relations commerciales fondé sur l’échange « égal » (au lieu de l’échange inégal qui prévaut actuellement) et l’impératif d’un développement des pays du Sud prioritairement destiné à assurer la satisfaction des besoins sociaux locaux. Compte tenu de l’inégalité prévisible de l’évolution politique et sociale des pays développés, la première étape sera vraisemblablement la reconstruction d’échanges bilatéraux (par exemple de la part d’une « France socialiste ») équilibrés avec certains pays du Sud.
Cette question est, avec la famine, l’une des plus scandaleuses.
Je suis totalement hostile au principe comme à l’arsenal juridique assurant la « protection des brevets » : les avancées qui permettent de soigner et de guérir doivent immédiatement tomber dans le domaine public et appartenir aux « biens communs de l’humanité », entièrement soustraits à la loi du profit.
Les pays en développement doivent pouvoir produire immédiatement - et sans payer de royalties – tous les médicaments nécessaires pour sauver leurs populations de la maladie, de la souffrance et de la mort.
Cela implique évidemment que la recherche ne soit plus soumise à l’exigence de profitabilité, donc qu’elle soit publique. Cela implique aussi l’appropriation collective (la nationalisation) sans indemnisation des grands groupes de l’industrie pharmaceutique.
Effectivement, avec le pillage direct par les multinationales (évoqué plus haut), le service de la dette est le coeur du mécanisme du sous-développement.
Non seulement la dette a, de fait, déjà été remboursée plusieurs fois, mais elle contraint les pays endettés à orienter toute leur économie vers la production pour l’exportation (afin de se procurer des devises), au détriment de la satisfaction des besoins les plus urgents (y compris l’alimentation) des populations locales.
La seule solution possible, à la fois humaine et rationnelle – de toute façon, la dette ne sera jamais remboursée ! – est l’annulation immédiate et sans condition de la dette.
La meilleure contribution possible de la France pour modifier la situation actuelle, c’est encore qu’elle donne l’exemple, en annulant elle-même unilatéralement la dette des pays du Sud qu’elle détient.
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