Le two faces. LE bar branché de Brno. Avec des néons phosphorescents, un décor industrialo futuriste, une piste de danse avec écran géant qui vomi des kilomètres de publicité. Le tout sur un fond de musique électronique.
A priori ce n’est pas le genre d’endroit que Kiyomi préfère.
Et pourtant…le two faces a failli réconcilier Kiyomi avec tous les clubs branchés de la planète… Tout ça a cause d'un bâteau gonflable dans un mini bassin.
Pendant des années, Kiyomi a rêvé de posséder l’un de ses bateaux gonflables qu’on trouve sur toutes les plages. Rêve dérisoire mais tellement intense, comme seuls les enfants peuvent en avoir. La nuit, le lit de Kiyomi se transformait en bateau. Ses personnages de lego étaient invariablement à la dérive sur un navire.
Pour elle l’Amérique, le symbole de la liberté, ce n’était pas Tom Sawyer mais le radeau de Huckelberry Finn.
Evidemment, chaque fois que Kiyomi a fait par à un adulte de son désir de posséder « un bateau », les réponses ont été décourageantes. Pour une personne âgée de plus de 12 ans un « petit bateau » c’est une péniche, ou, au pire un pédalo. Pour Kiyomi un « bateau » c’était un jouet gonflable.
Evidemment en grandissant, Kiyomi aurait pu acheter son bateau. Sauf que par définition, en grandissant, on devient raisonnable. Et qu’on se rend compte que ce genre de jouet et parfaitement inutile. Qu’une fois monté sur sa bouée, on est pas plus avancé…
D’autant plus que les parents de Kiyomi ont fini par acheter Caroline, la tortue géante (paix à son âme), qui remplissait plus ou moins les fonctions d’un bateau. Le rêve était donc accompli. Affaire classée.
Kiyomi avait complètement oublié ces histoires de bateau. Jusqu’au moment où, au milieu du « Two faces » elle a aperçu ce petit bateau gonflable dans un bassin de 3m sur 4. Tout d’un coup, une foule de souvenir d’enfance remontent à la surface. Kiyomi n’a plus qu’une seule obsession : monter sur ce bateau. Elle fait lamentablement perdre son équipe au baby foot. Impossible de se concentrer.
Sur le bassin, un écriteau précise qu’il ne faut pas pousser les autres dans l’eau, ni apporter nourriture et boissons. Parfait. Kiyomi grimpe dans le bateau. Il y a quelques millimètres d’eau au fond mais qu’importe ?! Fesses mouillées ou pas, Kiyomi est determinée.
Immédiatement, le barman se precipite l’air affolé. It is not possible. Why ? demande Kiyomi, prête à supplier, soudoyer, menacer pour pouvoir s’installer dans ce fichu bateau. Réponse en tchèque. Frustration de Kiyomi qui comprend que ce n’est pas la peine de discuter.(comme chaque fois qu'un tchèque abandonne l'anglais pour se mettre à parler dans sa langue maternelle à toute vitesse)
Le two faces est une telle caricature du "club branché" que Kiyomi se dit parfois que tout cela est trop gros pour être vrai. Peut être ce bar est il le produit d'un esprit génialement sarcastique qui cherche à tester les limites de l'être humain. Jusqu'où ses adolescentes qui se tremoussent sur la piste de danse sont elle prête à aller pour avancer sur la glorieuse voie de la branchitude? Jusqu'a quand supporteront elles de danser devant des écrans géants qui vomissent des kilomètres de publicité pour les yahourts ou le papier toilette entre deux series TV ringardissimes?
Kiyomi prefère prendre le two faces au second degré. Y voir le royaume de l'ironie. Esperer qu'au moins une partie des gens qui se trouvent là sont des comediens qui participent à un spectacle avant gardiste. Qu'ils veulent pousser le branché jusqu'à l'absurde pour en montrer la vacuité.
D'ailleurs, le nom du bar, "two faces", n'est il pas une indice? Une invitation à regarder au delà des apparences?
Kiyomi prefere faire semblant de croire a un gag cynique...
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