La scène se déroule dans un des restaurants les plus populaires de Plzen, avec cuisine tchèque traditionnelle et nappes vertes estampillées "Pilsner urquell". Une poignée de participants de la journée cricket se retrouve pour récuperer les calories dépensées dans la journée à grand renfort de chou, pomme de terre et gargantuesques morceaux de viande.
Scott a quité l'Australie pour la République Tchèque il y a dix ans pour tenter sa chance dans un pays en pleine expansion économique. En plus d'etre entraineur de l'équipe nationale de cricket, il a monté son entreprise dans l'immobilier.
Selon lui, un des principaux problème des tchèques est leur manque d'esprit d'entreprise, vestige du communisme.
Les tchèques produisent des marchandises de qualité mais n'arrivent pas à les mettre en valeur, à dévelloper une stratégie marketing efficace, à s'adapter aux attentes du marché. Du coup, la plupart des postes de décideurs dans les entreprises tchèques sont occupées par des étrangers. Ce qui est terriblement frustrants pour les nationaux.
Dans les administrations comme les magasins, on est confronté à la même rigidité. Toute demande un peu innatendue est accueillie par un air perplexe: "ce n'est pas possible". Alors que, la plupart du temps, c'est tout à fait possible avec un peu de volonté.
Kiyomi a souvent été confrontée à ce phénomène. Impossible d'obtenir un papier officiel de la cité universitaire avec le montant du loyer mensuel. Il ne figure pas sur le bail. La dame au guichet est très gentille. Elle veut bien marquer le montant du loyer sur un post it. Mais mettre un coup de tampon sur le post it n'est pas prévu. Alors ce n'est pas possible, elle a peur d'avoir des ennuis avec la police. Pourtant, Kiyomi a besoin de ce document pour obtenir une bourse de l'iep. A force d'insister, elle parvient à persuader la secretaire de griffonner "loyer mensuel : 2225 KC" sur une feuille de papier A4 avec un tampon du dortoir.
Meme chose quand Kiyomi a oublié de mentionner son deuxième prénom sur le formulaire pour obtenir une carte de cantine. Pas une laisser passer pour un sommet du G8. Une simple carte de cantine. N'étant pas enregistrée sous ce nom là dans le système informatique de l'université, quand elle a voulu retirer sa carte on lui annonce qu'il y a un problème. La secretaire au guichet lui demande de retourner dans tous les bureaux de l'université pour faire supprimer son deuxième prénom. a encore au moins 3 semaines de galère administrative en perspective... Et en plus, Kiyomi a donné une photo redecoupée (le format des photo tchèque n'est pas le meme que celui des photos d'identité française) sur laquelle il manque quelque millimètres au sommet de son crane. Or, le reglement veut que les photos de la carte de cantine soient COMPLETES. La secretaire lui demande donc de remplir un nouveau formulaire et de coller une photo valable. En desespoir de cause, Kiyomi prend le nouveau formulaire, le remplit avec ses deux prenoms et le tend à la secretaire avec sa photo. Et là, miracle, la secretaire reflechit 30 secondes, se penche sur son ordinateur, rajoute le deuxième prenom de Kiyomi et lui annonce que sa carte sera prête d'ici 2 jours... 20 minutes de negociation pour taper 6 lettres sur le clavier d'un ordinateur!!
La conversation dérive sur la "Tchécoslovaquie d'avant". Une des amies de Scott travaillait dans le service de surveillance du seul hotel pour étranger de Prague. Les chambres etaient truffées de micros et les clients en permanence sur écoute. Après la chute du communisme, elle a rencontré par hasard un des clients réguliers de l'hotel qui a évoqué quelques uns de ses sejours à Prague sans se douter qu'elle savait deja tout...
Dans le même registre, mais en plus gore, dans une des maternités de Prague on peut encore voir le bureau qui servait à espionner les patientes et leurs visiteurs. Le materiel d'écoute est toujours en place, car il est trop volumineux pour être déplacé.
Evidemment, tout ces systèmes d'espionnage monstrueux ont été supprimés après 1989....
Soudain, Scott se ravise Il vient de réaliser quelque chose. Oui, evidemment, la société tchèque a supprimé tous ses systèmes de surveillance en 1989... Sauf que depuis quelques années, ironie du sort, on voit fleurir à tous les coins de rue de nouvelles caméras de surveillance. Evidemment, la sécurité c'est important. Mais les communistes avaient aussi les meilleures raisons du monde pour implanter des micros partout. Et de toute façon, les caméras de Prague ne semblent pas très efficace contre les voleurs... Quelques tchèques ont d'ailleurs des histoires insolites à raconter à ce sujet (qui se deroulent souvent à Londres, mais que malheureusment je n'ai pas le temps de raconter ici)
"KGB is still watching you" est un slogan omnipresent dans les boutiques de souvenirs de Prague. (avec "save water, drink beer" et "Prague, accès interdit aux chars"). Kiyomi n'y avait vu qu'un attrape touriste sans interet. Maintenant, le slogan l'interpelle. Elle ne s'etait jamais sentie concernée par les polemiques sur la vidéo surveillance. Mais depuis qu'elle a senti un lien entre les dispositifs d'espionnages communistes et les caméras de surveillance d'aujourd'hui, Kiyomi ne peut pas se contenter de balayer d'un revers de la main les questions soulevées par un tel rapprochement... Il faut au moins se demander si la comparaison est fondée.
En attendant de se pencher sur cet epineux problème, un grand débat s'engage à table : "comment echapper aux caméras?" avec d'un coté les partisans de la Burka et de l'autre ceux du sombrero mexicain...
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