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  • : Il était une fois, une petite Kiyomi qui quitta son occitanie natale pour une année parenthèse à la découverte du monde. Ce blog est le carnet de route de cette année un peu speciale. Un lien entre la Kiyomi actuelle et la Kiyomi de dans un an.
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Le communisme expliqué à Kiyomi

Samedi 30 septembre 2006
Pour Ivan, le communisme est un probleme grammatical

La scène se deroule à Brno, le dernier soir du stage linguistique, dans un restaurant Slovaque, rebaptisé "Slovnik" (dictionnaire) à la suite d'un lapsus ou "restaurant communiste" (parce que les assiettes sont enormes ce qui permet à chacun de gouter chaque plat).

Le groupe est reparti sur deux tables differentes. La table principale ou chacun mange plus ou moins le plat commandé, et une petite table, declarée "zone communiste" par ses occupants, dans laquelle tout le monde mange dans l'assiette de tout le monde. Kiyomi est installée du coté du "monde libre", mais elle fait de nombreuses incursions à l'Est pour discuter ou piquer une frite.

Tomas invite Kiyomi a rejoindre definitivement le camp communiste : "Viens fumer avec nous!"

Kiyomi - Je fume pas. Mais je peux ramener mon assiette pour la partager avec vous. Et au passage, j'espionnerai les conversations de la table capitaliste. Je suis sure qu'on y rigole moins qu'ici.

Ivan - On voit que tu n'as jamais vécu sous un regime communiste.  Le communisme ce n'est pas quand on est tous egaux et qu'on partage. Je suis né en Union Sovietique et je sais ce qu'est le communisme.

Kiyomi - Je suis désolée... c'etait une plaisanterie...je suppose que tu n'as pas envie de rigoler avec ça... Le communisme c'est quand ya rien a manger mais qu'on partage quand meme?

Ivan- Non...laisse moi t'expliquer... le communisme c'est quand je suis toi, tu es eux, Il est nous, nous sommes moi, vous etes elle, ils sont vous. Tu comprends? C'est une question de grammaire. L'idée géniale mais ce n'est pas vraiment adapté à la façon de raisonner de la plupart des gens. Du coup ça ne peut pas marcher, en tout cas pas à l'echelle d'un pays. Il y a encore en Russie un village qui fonctionne en autarcie sans aucune monnaie. Dans une toute petite communauté, ça peut à peu près fonctionner. Je crois pas que le communisme puisse marcher un jour. Mais le communisme est interressant en tant qu'idéal. On peut toujours essayer de temps en  temps de faire un petit pas en direction de "je suis eux".... ...... De toute façon, le communisme n'est qu'une première etape. On peut aller plus loin que Marx. Lui, il se limite aux humains. Au lieu de dire "tu es moi", on peut imaginer que "je suis cette table", "cette assiette de frite est nous"  ou "ces chaussures sont lui"....  Bref, rejoint nous, amène ton assiette et on fumera pour toi!

 

Par Kiyomi
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Dimanche 1 octobre 2006
Pour Michal, le communisme, c'est quand les magasins ferment de bonne heure

La scene se deroule dans les rues de Pilsen. Il est 22 heures. Michal, un étudiant tchèque, veut montrer à quelques etudiants erasmus un bar particulièrement original, un peu excentré. Vingt minutes de marche, ça donne le temps d'entamer de grandes discussions.

Kiyomi- Le supermarché est ouvert? Il est tard et je croyais que c'etait un jour ferié aujourd'hui...

Michal- Tu sais ici, presque tous les supermarché sont ouverts 365 jours par ans. Et beaucoup fonctionnent 24 heures sur 24.

Kiyomi- 24 heures sur 24!!! Mais pour quoi faire?! on a pas besoin de faire ces courses à 3 heures du matin! et ça doit etre dur pour les gens qui y travaillent!

Michal- Mais non, c'est pas un problème pour les gens qui y travaillent, parce qu'au bout de 8 heures à tenir la caisse quelqu'un les remplace et ils peuvent aller se coucher... Et puis, moi je veux avoir le droit de pouvoir faire mes courses quand j'en ai envie, meme si c'est au milieu de la nuit. Je vois pas au nom de quoi une decision politique m'en empecherait. Je n'aime pas les politiques. Ils se mèlent de tout. Avant la Tchecoslovaquie etait un regime communiste et les gens travaillaient seulement 8 heures par jour et les magasins fermaient tôt. Aujourd'hui on peut travailler beaucoup plus pour gagner plus d'argent. C'est la liberté. Mais si je travaille 14 ou 15 heures par jour, que je gagne beaucoup d'argent, il faut qu'en rentrant, je puisse aller faire mes courses.

Kiyomi- Sur le plan strictement individuel ton raisonnement est logique. Mais si tout le monde pense comme ça, je pense qu'on y perd tous.  La vie ce n'est pas seulement gagner des sous et faire du shopping. Des supermarchés qui ferment la nuit ou le dimanche, des lois reglementant les conditions de travail  obligent peut etre chacun a s'organiser davantage. Mais ça permet aux gens d'avoir du temps pour faire des choses ensemble. Je suis sure que ça a un tas d'effets positifs difficilement mesurables, par exemple sur les depenses de santé, le taux de natalité, la delinquance...

Michal- Pour moi, ce qui compte avant tout c'est l'economie. Je veux gagner de l'argent. Je veux pouvoir consommer ce que je veux quand je veux. Ici tout est ouvert tout le temps et j'aime ça.

.....

....

A l'arrivée devant le bar en question, une pancarte indique qu'il ferme...à 21heures.

Très enervé, Michal lache une floppée d'injures en tchèque. Kiyomi n'en comprendra qu'une seule: "sovietitsky"...

Par Kiyomi
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Mardi 10 octobre 2006

La scène se déroule dans un des restaurants les plus populaires de Plzen, avec cuisine tchèque traditionnelle et nappes vertes estampillées "Pilsner urquell".  Une poignée de participants de la journée cricket se retrouve pour récuperer les calories dépensées dans la journée à grand renfort de chou, pomme de terre et gargantuesques morceaux de viande. 

Scott a quité l'Australie pour la République Tchèque il y a dix ans pour tenter sa chance dans un pays en pleine expansion économique. En plus d'etre entraineur de l'équipe nationale de cricket, il a monté son entreprise dans l'immobilier.

Selon lui, un des principaux problème des tchèques est leur manque d'esprit d'entreprise, vestige du communisme.

Les tchèques produisent des marchandises de qualité mais n'arrivent pas à les mettre en valeur, à dévelloper une stratégie marketing efficace, à s'adapter aux attentes du marché. Du coup, la plupart des postes de décideurs dans les entreprises tchèques sont occupées par des étrangers. Ce qui est terriblement frustrants pour les nationaux.

Dans les administrations comme les magasins, on est confronté à la même rigidité. Toute demande un peu innatendue est accueillie par un air perplexe: "ce n'est pas possible". Alors que, la plupart du temps, c'est tout à fait possible avec un peu de volonté.

Kiyomi a souvent été confrontée à ce phénomène. Impossible d'obtenir un papier officiel de la cité universitaire avec  le montant du loyer mensuel. Il ne figure pas sur le bail. La dame au guichet est très gentille. Elle veut bien marquer le montant du loyer sur un post it. Mais mettre un coup de tampon sur le post it n'est pas prévu. Alors ce n'est pas possible, elle a peur d'avoir des ennuis avec la police. Pourtant, Kiyomi a besoin de ce document pour obtenir une bourse de l'iep. A force d'insister, elle parvient à persuader la secretaire de griffonner "loyer mensuel : 2225 KC" sur une feuille de papier A4 avec un tampon du dortoir.

Meme chose quand Kiyomi a oublié de mentionner son deuxième prénom sur le formulaire pour obtenir une carte de cantine. Pas une laisser passer pour un sommet du G8. Une simple carte de cantine. N'étant pas enregistrée sous ce nom là dans le système informatique de l'université, quand elle a voulu retirer sa carte on lui annonce qu'il y a un problème. La secretaire au guichet lui demande de retourner dans tous les bureaux de l'université pour faire supprimer son deuxième prénom. a encore au moins 3 semaines de galère administrative en perspective... Et en plus, Kiyomi a donné une photo redecoupée (le format des photo tchèque n'est pas le meme que celui des photos d'identité française) sur laquelle il manque quelque millimètres au sommet de son crane. Or, le reglement veut que les photos de la carte de cantine soient COMPLETES. La secretaire lui demande donc de remplir un nouveau formulaire et de coller une photo valable. En desespoir de cause, Kiyomi prend le nouveau formulaire, le remplit avec ses deux prenoms et le tend à la secretaire avec sa photo. Et là, miracle, la secretaire reflechit 30 secondes, se penche sur son ordinateur, rajoute le deuxième prenom de Kiyomi et lui annonce que sa carte sera prête d'ici 2 jours... 20 minutes de negociation pour taper 6 lettres sur le clavier d'un ordinateur!!

 

La conversation dérive sur la "Tchécoslovaquie d'avant". Une des amies de Scott travaillait dans le service de surveillance du seul hotel pour étranger de Prague. Les chambres etaient truffées de micros et les clients en permanence sur écoute. Après la chute du communisme, elle a rencontré par hasard un des clients réguliers de l'hotel qui a évoqué quelques uns de ses sejours à Prague sans se douter qu'elle savait deja tout...

Dans le même registre, mais en plus gore, dans une des maternités de Prague on peut encore voir le bureau qui servait à espionner les patientes et leurs visiteurs. Le materiel d'écoute est toujours en place, car il est trop volumineux pour être déplacé.

Evidemment, tout ces systèmes d'espionnage monstrueux ont été supprimés après 1989....

Soudain, Scott se ravise Il vient de réaliser quelque chose. Oui, evidemment, la société tchèque a supprimé tous ses systèmes de surveillance en 1989... Sauf que depuis quelques années, ironie du sort, on voit fleurir à tous les coins de rue de nouvelles caméras de surveillance. Evidemment, la sécurité c'est important. Mais les communistes avaient aussi les meilleures raisons du monde pour implanter des micros partout. Et de toute façon, les caméras de Prague ne semblent pas très efficace contre les voleurs... Quelques tchèques ont d'ailleurs des histoires insolites à raconter à ce sujet (qui se deroulent souvent à Londres, mais que malheureusment je n'ai pas le temps de raconter ici)

"KGB is still watching you" est un slogan omnipresent dans les boutiques de souvenirs de Prague. (avec "save water, drink beer" et "Prague, accès interdit aux chars"). Kiyomi n'y avait vu qu'un attrape touriste sans interet. Maintenant, le slogan l'interpelle. Elle ne s'etait jamais sentie concernée par les polemiques sur la vidéo surveillance. Mais depuis qu'elle a senti un lien entre les dispositifs d'espionnages communistes et les caméras de surveillance d'aujourd'hui, Kiyomi ne peut pas se contenter de balayer d'un revers de la main les questions soulevées par un tel rapprochement... Il faut au moins se demander si la comparaison est fondée.

En attendant de se pencher sur cet epineux problème, un grand débat s'engage à table : "comment echapper aux caméras?" avec d'un coté les partisans de la Burka et de l'autre ceux du sombrero mexicain...

Par Kiyomi
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Jeudi 26 octobre 2006

Pavla est prof de français à Pilsen. Elle travaille près de 70 heures par semaine entre ses cours au lycée, à la fac, à l'alliance française et quelques traductions de dépliants touristiques.

Quand elle a un peu de temps libre aime bien graviter dans les cercles erasmus, ça lui rappelle ses années d'études. De temps en temps, Kiyomi l'aide à peaufiner ses traductions. Elle aime bien ça, ça lui permet de se souvenir du bon vieux temps où elle était une "littéraire".

En échange, Pavla répond à ses questions sur la culture tchèque... Sa culture politique n'est pas encyclopédique, mais au fond, ce n'est pas plus mal. Plutot que d'expliquer un fonctionnement institutionnel elle raconte quelques anecdotes personnelles. 

Comme elle a deux ou trois ans de plus que la plupart des autres etudiants tchèques, elle a quelques souvenirs de la transition démocratique.

Pavla a toujours beaucoup aimé les fruits et les legumes (il faut croire que les enfants tchèques ne sont pas comme les petits français). Elle se rappelle que dans son enfance les fruits étaient difficile à se procurer hors saison et qu'elle guettait les arrivages de bananes chez les marchands pour prevenir sa mère.

Un jour, elle est allé à Berlin avec ses parents. Apparement, les allemands de l'Est vivaient un peu mieux que les tchèques. Toujours est il que ce jour là elle a vu des gens manger des sandwich avec une feuille de salade qui dépassait (et peut etre quelques rondelles de tomates). En plein mois d'avril. Le choc. Ce jour là, Pavla a compris qu'il existait un autre monde que le sien...

 

Par Kiyomi
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